31/10/2025

Actions et patrimoine après 60 ans : trouver le bon équilibre pour sa retraite

Pourquoi conserver des actions après 60 ans ?

Bien des épargnants songent à vendre la totalité de leurs actions au moment de partir à la retraite, parfois pour se tourner vers des supports réputés plus sûrs, comme le fonds en euros d’une assurance-vie. Pourtant, plusieurs raisons justifient leur maintien dans un portefeuille, même passé 60 ans :

  • Lutter contre l’érosion monétaire : L’INSEE indique que l’inflation a repris des couleurs en France ces dernières années, avec +5,2% en 2022 et une évolution prévue de +2,2% en 2024 (INSEE). Or, les produits garantis, comme le Livret A, rapportent souvent moins que l’inflation réelle sur le long terme. Les actions, malgré leur volatilité, ont traditionnellement offert un rendement net supérieur à l’inflation à long terme.
  • Générer des revenus complémentaires : De nombreuses sociétés françaises distribuent des dividendes réguliers. En 2023, le rendement moyen du CAC 40 en dividendes ressortait à 3,2% selon Les Échos, parfois plus en sélectionnant des valeurs dites « de rendement » (Les Échos).
  • Faire face à un horizon de vie allongé : À 60 ans, l’espérance de vie restant à vivre est en moyenne de 25 ans pour une femme, 21 ans pour un homme (INSEE). Adapter sa stratégie patrimoniale à un horizon long reste pertinent.

Adapter la gestion de ses actions après 60 ans : quels principes suivre ?

Investir dans les actions passé 60 ans ne signifie pas prendre des risques inconsidérés. Il est plutôt question d’ajuster le curseur et de garder une exposition raisonnée, compatible avec ses projets et sa tranquillité d’esprit.

1. La fameuse règle de l’âge… et ses limites

On cite souvent la règle suivante : « 100 moins votre âge » pourcentage d’actions dans votre portefeuille. Ainsi, à 65 ans, on limiterait à 35% la part actions. Cette règle, très populaire aux États-Unis (notamment popularisée par Vanguard), est un repère, pas une loi. Pourquoi la nuancer ?

  • L’espérance de vie s’allonge : les actifs dynamiques restent pertinents plus longtemps.
  • Les solutions de gestion se sont diversifiées : il existe des fonds actions moins volatils, des ETF très diversifiés.
  • La « capacité psychologique » à supporter la volatilité pèse davantage que l’âge réel pour de nombreux épargnants.

2. Diversification et sélection : éviter la concentration des risques

  • Privilégier des fonds ou ETF diversifiés, investis sur plusieurs secteurs et pays, afin de limiter la dépendance à une seule économie.
  • Selon l’AMF, les fonds actions mondiaux capitalisent la résistance des économies émergentes et les grandes tendances internationales.
  • Prenez garde à la succession : attention à la fiscalité sur les plus-values ou les donations d’actions en direct.

3. Rechercher la régularité plutôt que la performance absolue

Actions de croissance ou actions de rendement ? Après 60 ans, la logique « dividende » gagne du terrain. Selon Euronext, les dividendes en France ont atteint 57 milliards d’euros versés en 2022, un record. Mais les versements ne sont jamais garantis… Généralement, une stratégie de panachage reste pertinente.

Comment intégrer les actions à une stratégie patrimoniale post-60 ans ?

1. Analyser ses besoins et son horizon

  • Besoin de revenus réguliers : Opter pour des actions à dividendes, ou des fonds dédiés (type « dividende world »).
  • Volonté de sécurité à court/moyen terme : Baisser la part d’actions au profit d’actifs moins volatils, surtout si un projet (achat immo, aide à des enfants) approche.
  • Transmission : Le PEA peut être intéressant, mais il s’éteint au décès (transfert impossible à un héritier). L’assurance-vie en unités de compte actions, dotée d’une fiscalité avantageuse en cas de décès, peut être judicieuse.

Réalisez un bilan patrimonial ou sollicitez un conseiller certifié (CNCGP, CIF) pour ajuster la part des actions selon vos propres priorités.

2. Choisir les bons supports

  • PEA (Plan d’Épargne en Actions) : Toujours pertinent après 5 ans de détention (exonération d’impôt sur les plus-values), mais plafonné à 150 000 €. Mobilisable, mais attention à la sortie en rente.
  • Assurance-vie « unités de compte » : Elle permet d’intégrer des supports actions avec une fiscalité douce sur les retraits après 8 ans et une vraie souplesse (retraits partiels, avance).
  • Comptes-titres ordinaires : Pour la simplicité, sans plafond, mais moins intéressant en termes de fiscalité dès la retraite.

Gérer le risque : quelles bonnes pratiques ?

Si les actions restent intéressantes, leur volatilité justifie de prendre quelques précautions supplémentaires à partir de 60 ans :

  1. Liquidités de réserve : Prévoyez 2 à 3 ans de revenus ou d’imprévus « à portée de main » sur des supports peu risqués (supports monétaires, fonds en euros).
  2. Désinvestissements progressifs : Si un besoin important et daté est prévu (financement d’une maison de retraite, donation...), sortez progressivement des actions plusieurs années à l’avance pour lisser les risques de marché.
  3. Sensibilité psychologique : Réévaluez à chaque baisse de marché : est-ce que vous supportez encore la baisse temporaire ? À défaut, baissez la voilure.
  4. Suivi régulier : Un arbitrage annuel de la répartition (ou avec un professionnel) permet d’adapter en douceur à l’évolution des marchés, de la fiscalité, ou de votre situation.

Étude de cas : deux profils-types pour illustrer

Profil Objectifs Répartition type Conseil particulier
Retraité dynamique, patrimoine diversifié Valoriser, transmettre, assurer au conjoint Actions 40%, Obligations 40%, Liquidités 20% Assurance-vie multisupports pour la souplesse et la transmission, conservation d’un PEA pour optimiser la fiscalité
Retraité prudent/e, désir de sécurité Revenus réguliers sécurisés, préparation d’une éventuelle dépendance Actions 15%, Obligations/capital garanti 60%, Liquidités 25% Opter pour des fonds actions à faible volatilité ou des supports immobiliers type SCPI pour diversifier au-delà des actifs financiers purs

Ressources et chiffres-clés récents

  • D’après le Cercle de l’Épargne (édition 2023), la part moyenne d’actions dans le patrimoine financier des Français baisse à 16% après 60 ans, contre 28% chez les 40-49 ans.
  • L’AMF souligne que l’exposition moyenne aux actions reste faible, alors que la plupart des « cracks boursiers » sont absorbés en 6 ans selon Fidelity (Fidelity France).
  • Les dividendes mondiaux ont progressé de 5,6% en 2023, indiquent Janus Henderson, pour atteindre 1 640 milliards de dollars, dont 52 milliards pour la France.
  • Selon France Assureurs, les unités de compte (incluant actions et immobiliers) représentent désormais 41 % des nouvelles cotisations en assurance-vie en 2023.

Entre prudence et dynamisme : ouvrir le champ des possibles

Donner une place aux actions après 60 ans, c’est miser sur la capacité de son patrimoine à durer, évoluer, accompagner des projets qui émergeront peut-être tardivement (soutenir ses proches, changer de lieu de vie, voyager plus souvent). Il ne s’agit pas d’opposer la sécurité à la performance, mais bien de les faire cohabiter. La sagesse consiste généralement à diversifier, ajuster en fonction des besoins et du tempérament, s’appuyer sur les outils qui offrent fiscalité, souplesse, ou pilotage personnalisé. Les actions ne sont ni un impératif, ni un tabou : elles peuvent, simplement, continuer à soutenir un avenir choisi, même après la soixantaine.

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