10/12/2025

Décryptage : Faut-il encore miser sur l’assurance-vie quand l’inflation s’installe ?

Comprendre l’impact de l’inflation sur l’épargne

Avant d’aborder le cas spécifique de l’assurance-vie, il est utile de rappeler le mécanisme de l’inflation. Concrètement, à cause de la hausse généralisée des prix, 1000 € aujourd’hui achèteront mécaniquement moins de biens et services demain. En France, après deux décennies d’inflation modérée, la hausse des prix a dépassé 5% en 2022 (Insee), soit un niveau inédit depuis 1985.

L’épargne placée « à taux fixe » (livret A, certains fonds euros) peine donc à suivre le rythme. Pour mémoire :

  • Le livret A est passé à 3% net en 2023… mais avec une inflation autour de 5%, le rendement réel est négatif.
  • La plupart des assurances-vie en fonds euros servaient moins de 2% avant 2023 et peinent à franchir 2,5% aujourd’hui selon MoneyVox et Ciclade.

Lorsque le taux d’inflation dépasse le rendement de son épargne, le pouvoir d’achat diminue. Ce phénomène concerne autant les retraités que les actifs souhaitant préparer leur avenir.

Le fonctionnement de l’assurance-vie : atouts et limites en période d’inflation

Les spécificités du contrat d’assurance-vie

  • Fonds euros : sécurité, capital garanti, mais rendement en baisse depuis 15 ans.
  • Unités de compte (UC) : non garanties, exposées aux marchés (actions, immobilier, obligations, ETF, etc.), avec une volatilité mais un potentiel de performance accru.

La plupart des épargnants privilégient la sécurité du fonds en euros. Mais face à l'inflation, ce segment montre de vraies limites. On observe ainsi que :

  • Le rendement moyen des fonds en euros était de 2,5% en 2023 (France Assureurs) quand l’inflation approchait les 5%.
  • Les unités de compte ont eu une performance moyenne de 4,4% par an sur dix ans (source Good Value for Money, 2022), mais avec des années de baisse (ex : -5% en 2022 avec la chute des marchés).

L’avantage fiscal : un argument qui reste solide

Si l’assurance-vie plaît autant, ce n’est pas seulement pour ses rendements mais aussi pour une fiscalité avantageuse après 8 ans, en cas de rachat. Exonération partielle, abattement, transmission facilitée… autant de bénéfices qui continuent de séduire, même lorsque l’inflation s’installe.

Pourquoi l’assurance-vie traditionnelle s’essouffle-t-elle face à la hausse des prix ?

Historiquement, l’assurance-vie en fonds euros servait 4 à 5% par an dans les années 1990-2000 (source Le Particulier) : elle écrasait alors l’inflation. Pendant plus de 20 ans, la politique de taux bas de la BCE a diminué la rentabilité des placements sans risque, alors que l’inflation restait contrôlée.

Mais depuis 2021, le contexte a changé :

  • Les taux d’intérêt remontent trop lentement pour combler le retard du rendement moyen.
  • Les assureurs, pour garantir la sécurité du capital placé sur le fonds en euros, limitent la prise de risque… et donc la performance. Difficile de trouver mieux que 2,5 à 3% par an hors produits boostés ou offres temporaires.
  • L’érosion monétaire reprend de la vigueur, et la volatilité des actifs (actions, immobilier SCPI) a augmenté.

Résultat : placer son capital uniquement sur le fonds en euros s’avère aujourd’hui rarement suffisant pour sauvegarder son pouvoir d’achat.

Comment rendre l’assurance-vie plus adaptée à l’inflation ?

L’avantage de l’assurance-vie réside dans sa grande souplesse. Il est possible de composer un contrat à la carte, en ménageant une part de sécurité et une part de dynamisme, pour tenter de battre l’inflation sur le long terme.

Explorer la diversification avec les unités de compte

Diversifier en unités de compte (UC) permet d’aller chercher de la performance sur les marchés et ainsi s'adapter à l’érosion monétaire. Voici quelques pistes :

  1. Les ETF (trackers) actions ou obligataires
    • Accès à large choix de marchés, frais réduits
    • En 2021, les ETF MSCI World ont affiché plus de 20% de performance, mais –10% en 2022 (source : Morningstar).
  2. Les SCPI et unités immobilières
    • Revenus potentiellement indexés sur l’inflation.
    • Le rendement moyen des SCPI était de 4,5% net en 2023, mais il faut prendre en compte la liquidité et les risques de valorisation (source : ASPIM).
  3. Les fonds actions ou multisectoriels thématiques (santé, énergie, nouvelles technologies)
    • Potentiel de croissance supérieur à la moyenne sur le long terme.
    • Volatilité marquée d’une année sur l’autre : la diversification reste clé.

Cette diversification implique d’accepter une part de risques, mais historiquement, elle a permis de battre l’inflation sur des périodes longues (plus de 8 à 10 ans).

Équilibrer la sécurité et la performance

  • Garder une poche de fonds euros pour la partie sécurisée de son contrat (30 à 50% selon son profil et l’âge).
  • Rééquilibrer régulièrement son allocation (par arbitrage, souvent gratuit une fois par an).
  • Profiter des offres de bonus sur versement : certains contrats affichent temporairement plus de 4% sur le fonds euros pour de nouveaux versements (source : Le Revenu).

Conseils pratiques pour adapter votre assurance-vie à l’inflation

  • Vérifier le rendement réel de votre contrat : demandez le taux servi net de frais et comparez-le à l’inflation INSEE.
  • Profiter de la portabilité : Si votre contrat est ancien et peu attractif, vous pouvez transférer vos avoirs vers un contrat plus dynamique sans perdre votre antériorité fiscale (loi Pacte 2019).
  • Opter pour la gestion pilotée ou profilée : cette option, accessible chez de nombreux assureurs comme Nalo, Linxea ou Yomoni, adapte votre allocation aux évolutions de marché sans effort de votre part.
  • Attention aux frais : tous les contrats ne se valent pas. Visez des frais de gestion sur UC inférieurs à 1%, sinon votre performance risque d’être rognée.

Ce sont ces ajustements, plus que le produit en lui-même, qui feront la différence sur la durée.

La fiscalité : l’alliée durable de l’assurance-vie, même en contexte inflationniste

L’assurance-vie conserve un avantage indéniable : après 8 ans, les gains bénéficient d’un abattement de 4600 € par an pour une personne seule (9200 € pour un couple) en cas de rachat, ce qui la rend compétitive comparée aux livrets réglementés, surtout si le contrat génère du rendement sur les UC.

De plus, en matière de succession, l’assurance-vie permet de transmettre jusqu’à 152 500 € (par bénéficiaire, avant 70 ans) hors droits (art. 990I du CGI) : un atout fort pour préserver et transmettre un patrimoine, même lorsque les prix augmentent.

Points de vigilance et situations particulières

  • La notion de risque : Plus il est nécessaire de battre l’inflation, plus il faut accepter de l’incertitude (marchés, immobilier, devises...). L’arbitrage sécurité/dynamisme doit rester fidèle à votre profil.
  • L’horizon de placement : L’assurance-vie est un placement de moyen/long terme (minimum 8 ans pour profiter de la fiscalité). Il faut pouvoir attendre pour amortir d’éventuelles baisses des marchés.
  • Les frais : Certains contrats anciens supportent des frais d’entrée, de gestion ou d’arbitrage élevés. Un transfert judicieusement mené peut apporter plus de performances.

Regard prospectif : à quoi s’attendre pour l’assurance-vie dans les années à venir ?

La remontée des taux obligataires devrait soutenir progressivement les rendements des fonds en euros, mais probablement pas au rythme de l’inflation si celle-ci reste élevée. En revanche, l’innovation dans l’assurance-vie ouvre de nouvelles perspectives :

  • L’apparition de fonds euros nouvelle génération, investis dans l’immobilier ou des obligations corporate pour doper la performance (source : Les Échos).
  • Le développement de contrats 100% en ligne, aux frais contenus, rendant l’accès à des OPCVM, ETF, SCPI et trackers plus simple que jamais, avec parfois des algorithmes de gestion personnalisée.

Pour les retraités et futurs retraités prêts à diversifier modérément leur allocation, l’assurance-vie reste un outil central. Elle requiert toutefois plus de vigilance proactive, une adaptation régulière, et parfois l’accompagnement d’un conseiller pour arbitrer entre sécurité et rendement.

Faire de l’inflation une occasion de moderniser son épargne, c’est possible avec l’assurance-vie… à condition de la repenser comme un outil vivant, à ajuster en fonction du contexte, et non plus comme une tirelire figée. Avec méthode, discipline et ouverture, le placement préféré des Français a encore de beaux jours devant lui, même lorsque les prix s’emballent.

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