30/09/2025

Retirer l’épargne d’un PER avant la retraite : comment et dans quelles situations ?

Le PER, un produit dédié à la retraite… mais flexible

Depuis la loi Pacte de 2019, le PER a remplacé progressivement les anciens produits (Perp, Madelin, Perco, etc.). Il peut être individuel ou collectif, et il permet d’épargner en vue de la retraite tout en profitant d’une fiscalité intéressante. Sauf exception, l’épargne reste « bloquée » jusqu’au départ à la retraite (soit à l’âge légal, actuellement fixé à 62 ans). Toutefois, plusieurs situations dites de « déblocages anticipés » sont prévues par la loi.

  • Le PER individuel (PERIN) est ouvert à tous et alimenté librement.
  • Le PER collectif (PERCOL) est mis en place dans l’entreprise.
  • Le PER obligatoire (PERO) est réservé à certains salariés et souvent plus contraint.

Selon les données de la Fédération française de l’assurance (FFA), près de 8 millions de Français détenaient un PER fin 2023. Mais beaucoup ignorent que leur épargne peut rester accessible dans de nombreux cas, à condition de respecter la législation en vigueur (Économie.gouv.fr).

Les six cas de déblocage anticipé prévus par la loi

En dehors de la retraite proprement dite, six situations majeures vous permettent de retirer votre épargne avant l’heure. On parle alors de « cas de force majeure » car ils répondent à des circonstances précises et souvent sensibles :

  1. Invalidité du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire de Pacs (2e ou 3e catégorie de la Sécurité sociale)
  2. Décès du conjoint ou du partenaire de Pacs
  3. Expiration des droits au chômage
  4. Situation de surendettement (décision de la commission compétente)
  5. Cessation d’activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation judiciaire
  6. Achat de la résidence principale

Tous ces cas n’ouvrent pas les mêmes droits ni les mêmes modalités de sortie. Prenons le temps de les détailler :

1. L’invalidité comme porte de sortie prioritaire

Dans le cas peu réjouissant – mais parfois inévitable – d’une invalidité grave (2e ou 3e catégorie de la Sécurité sociale), l’épargnant peut demander le déblocage anticipé de son PER, quelle que soit la cause de l’invalidité (maladie, accident, etc.). Sont aussi concernés : les enfants, le conjoint ou le partenaire de Pacs. Le capital ou la rente peuvent être alors touchés sur présentation des justificatifs.

  • Ce cas est exonéré de l’impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux au taux global de 17,2% s’appliquent sur les plus-values.
  • Le délai de réponse maximum de l’assureur est de 2 mois, au-delà duquel des intérêts s’appliquent (source : Service-public.fr).

2. Décès du conjoint ou du partenaire de Pacs

Le décès de la personne avec qui vous partagez votre vie entraîne une série de conséquences pratiques, parfois dramatiques au plan financier. La loi autorise alors le retrait du PER par nécessité.

  • S’applique uniquement à la perte du conjoint ou du partenaire Pacsé (non applicable pour un concubin).
  • Imposition sur le revenu selon les règles du PER sauf cas d’invalidité (cf. ci-dessus).

3. Expiration des droits au chômage

Lorsque les droits à l’assurance chômage (ARE) arrivent à terme, la situation financière peut vite devenir critique. Le déblocage du PER devient alors possible, mais il faut pouvoir justifier de la fin de droits (notification Pôle emploi, etc.).

  • Attention, la cessation d’activité seule (démission, licenciement) ne suffit pas : il faut avoir consommé tous ses droits au chômage.
  • Le traitement fiscal reste inchangé par rapport au cadre normal du PER.

4. Surendettement validé par la commission

Lorsque la Commission de surendettement des particuliers décide d’un plan ayant déclaré votre situation comme « surendettée », vous pouvez demander le rachat de tout ou partie de votre PER. Il est cependant impératif d’avoir ce document officiel.

  • Possibilité de « rachat total ou partiel » en fonction du plan validé par la Commission.
  • Fiscalité classique (voir plus loin).

5. Liquidation judiciaire pour les non-salariés

Les travailleurs indépendants ou chefs d’entreprise, frappés par une liquidation judiciaire pour cessation d’activité, sont également concernés. Ici aussi, le justificatif du juge est indispensable.

  • Ne concerne pas les salariés classiques.
  • Offre une bouffée d’oxygène à ceux dont l’activité a échoué.

6. L’achat de la résidence principale, une opportunité à ne pas négliger

Les pouvoirs publics ont voulu élargir le PER : il est aujourd’hui possible de débloquer tout ou partie de son épargne pour acquérir sa première résidence principale – que l’on soit salarié, indépendant ou retraité anticipé. Cette mesure favorise la mobilité résidentielle et l’accès à la propriété.

  • Peuvent être débloqués : versements volontaires (y compris ceux ayant ouvert droit à déduction fiscale initialement).
  • Exclus : les sommes issues de l’épargne obligatoire de l’entreprise (PERO).
  • S’applique même lors d’un changement important de situation familiale (divorce, séparation).

Selon une étude de France Assureurs publiée en septembre 2023, 12% des rachats anticipés de PER en France se font dans le cadre de l’acquisition de la résidence principale, un chiffre en constante augmentation.

Quelles démarches concrètes pour débloquer son PER ?

Débloquer un PER n’est pas aussi complexe qu’on le croit, mais tout est une question de dossier ! Voici le schéma à suivre :

  1. Contactez votre gestionnaire PER (banque, assureur, gestionnaire en ligne, etc.) pour leur signaler la demande de déblocage, en précisant le motif.
  2. Rassemblez les justificatifs adaptés à votre cas (certificat médical d’invalidité, acte de décès, jugement de liquidation, attestation d’achat, notification de la Commission de surendettement…)
  3. Complétez et signez le formulaire fourni par l’organisme gestionnaire.
  4. Choisissez la forme de sortie : capital ou rente. Pour l’achat de la résidence principale, c’est toujours en capital.
  5. Votre gestionnaire dispose de 2 mois pour effectuer le versement après réception des pièces (avec sanctions si dépassement).

Certaines banques proposent un suivi en ligne du traitement du dossier, qui permet de visualiser les étapes franchies et le délai restant. En l’absence de réponse après 2 mois, saisissez le service réclamation, puis le médiateur du PER.

Quelle fiscalité en cas de retrait anticipé ?

La fiscalité du PER est complexe, car elle varie selon l’origine des sommes débloquées et le cas de déblocage. Un tableau synthétique permet d’y voir plus clair :

Origine des sommes Motif de retrait Fiscalité sur le capital Fiscalité sur les plus-values
Versements volontaires Invalidité Exonération IR Prélèvements sociaux 17,2%
Versements volontaires Achat résidence principale
  • Si déductibles : Imposition selon barème + PS
  • Si non déductibles : Exonération IR + PS
PFU (30%) ou au barème + PS
Autres cas (Décès, chômage, surendettement…) Imposition selon régime de sortie choisi à l’ouverture PFU 30% ou barème + PS

Il est vivement conseillé de se rapprocher de son conseiller avant tout retrait, car une erreur sur le choix « rente ou capital » peut avoir des impacts fiscaux notables, surtout en cas de sortie importante.

Le cas particulier : transfert d’un PER avant la retraite

S’il ne s’agit pas de retirer son épargne mais bien de transférer son PER d’un organisme à un autre (par exemple, pour profiter de frais moindres ou d’une gestion plus performante), sachez que la loi permet ce transfert à tout moment, sans conditions d’âge, depuis 2020.

  • Des frais de transfert s’appliquent : maximum 1% si transfert avant 5 ans, gratuits au-delà selon la loi Pacte.
  • Le transfert n’est pas un déblocage : la fiscalité avantageuse et la non-imposition sont maintenues.
  • Attention : le transfert partiel n’est pas possible entre PER de nature différente (individuel/collectif).

Les pièges à éviter et nos conseils pratiques

  • Anticipez l’impact fiscal : une somme débloquée en capital risque de vous faire « sauter de tranche » fiscalement ou de nuire à vos aides (APL, allocations).
  • Ne cédez pas à la panique : le PER est une épargne précieuse. Avant toute décision motivée par l’émotion (surendettement, chômage…), analysez avec un expert l’impact sur votre patrimoine à long terme.
  • Pensez au délai : le montage du dossier peut prendre plusieurs semaines. Prévoyez à l’avance si un achat immobilier est en vue.
  • Gardez la trace des justificatifs : en cas de contrôle ou d’erreur de l’assureur, ils seront indispensables.

Il n’est jamais inutile de solliciter un conseil personnalisé, en particulier si vous cumulez plusieurs produits retraite issus d’anciens dispositifs (Perp, Madelin, etc.), car les règles peuvent différer. Plus de 50 000 dossiers de transfert entre produits retraite ont été traités en 2022, ce qui montre l’importance d’un accompagnement bien dimensionné (source : Ministère de l’économie).

Aller plus loin : outils et points de vigilance pour la suite

Le choix de débloquer un PER avant la retraite ne doit jamais être pris à la légère. Pour aller plus loin :

Chacun peut ainsi faire le point sereinement, s’entourer de conseils avisés et décider, en connaissance de cause, de ce qui convient le mieux à son parcours et à ses objectifs de vie.

En savoir plus à ce sujet :